Publié le

07/02/14

6 FEVRIER – TRISTE ANNIVERSAIRE


Le 6 février 1934 des ligues politiques de droite et d’extrême droite manifestent violemment contre le limogeage du préfet Chiappe, à la suite de l’affaire Stavisky « suicidé » en janvier 1934, et le jour même de l’investiture de Daladier, membre du parti radical.

Le gouvernement de gauche, depuis 1932, est mis en cause par l’opposition de droite dans ce scandale politico-économique et l’antiparlementarisme, cheval de bataille des monarchistes et autres ligues d’extrême-droite, mobilise quasiment toute la droite…

La crise de 1929 a laissé des traces dans la population. La corruption réelle pour certains (affaire Stavisky) supposée pour d’autres hommes politiques, l’enrichissement parfois outrancier de certains hommes d’affaires, concourent alors à ce climat délétère…

 

Janvier-Février 2014. Deux manifestations successives, dont la première le 26 janvier appelée « jour de colère », a réuni des manifestants de bords différents dont des groupes de la droite extrême aux slogans racistes, antisémites, homophobes et anti-républicains, mais sans visiblement choquer les organisateurs ni l’ensemble de la droite parlementaire, malgré de graves agressions à l’encontre des forces de l’ordre…

Une deuxième appelée « manif pour tous » s’est déroulée le 2 février, plus calmement, dans la continuité des manifestations contre le mariage pour tous.

La question posée n’est pas celle du droit ou non de manifester, il est républicain et constitutionnel, mais du motif.

En effet il était question de s’opposer à une loi qui n’existe pas, la loi famille, sur des motifs présupposés.

Les raisons évoquées par des participants rejoignaient étonnamment celles invoquées par des familles ayant retiré leurs enfants de l’école suite à une rumeur sur des enseignements imaginaires à partir d’une théorie qui n’existe pas comme théorème mais comme simple sujet de recherche. Or l’école primaire n’enseigne pas encore la recherche mais l’égalité républicaine…

Ce qui est remarquable ce sont les prises de position des religieux, catholiques et musulmans, qui se rejoignent dans un traditionalisme inquiétant. L’archevêque de Lyon, après s’être opposé à la loi sur le mariage pour tous, déclarant notamment que la loi ne doit pas « instituer un système où un enfant n’aura pas de papa par exemple ».

Or le choix a toujours existé pour une femme de ne pas vivre avec le père génétique de son enfant. Quant à l’église, elle s’est opposée à ce que des enfants de prêtres aient un papa connu et reconnu.

Un livre écrit par la fille d’un prêtre et d’une religieuse, habitante de Voiron, et qui vient de sortir en librairie, en témoigne calmement – Le Droit d’aimer, Anne Marie Mariani aux éditions Kero, 160 p.

L’église n’est donc pas la mieux placée pour donner des conseils en la matière. Quant à l’islam, on ne peut pas considérer que la place de la femme y soit reconnue à égalité de l’homme, y compris les petites filles. La constitution Tunisienne, récemment adoptée, qui prône l’égalité femme-homme est un exemple qui pourrait peut-être servir d’exemple ?

On assiste à la prise de parole d’une « droite décomplexée » revendiquée par François Copé qui

ne se donne visiblement plus de limites quant aux alliances politiques éventuelles.

Heureusement, mais on les entend moins, il existe une droite républicaine qui conteste ces dérives « réactionnaires », au sens littéral du mot *.

Il est parfaitement acceptable que les religieux donnent des règles de vie à leurs ouailles en évoquant la loi divine.

Mais ils ne peuvent refuser que la loi républicaine offre des règles de vivre ensemble à la société laïque, dans lesquelles ils doivent s’inscrire. Le temporel prévaut sur le spirituel dans notre état…

Si on considère la loi sur le mariage pour tous qui existe et s’applique désormais, elle n’a aucun caractère obligatoire, elle n’empêche nullement un croyant de vivre avec et respecter les règles religieuses. C’est une loi de liberté qui permet à d’autres de vivre selon leur propre règle.

Nul individu ou groupe, ne peut imposer son mode de vie. Mais chacun doit être libre de choisir dans le respect des règles communes que nous nous donnons par nos représentants dans les instances politiques et administratives.

Alors prenons garde à cette volonté de vouloir imposer un modèle religieux à notre société. Rappelons nous que depuis 1905 il existe une loi séparant l’église de l’état. Jamais remise en cause depuis lors…

Philippe Kochert

* «  Tendance politique qui s’oppose aux évolutions sociales et s’efforce de rétablir un état de choses ancien » Petit Larousse.