Publié le

21/03/16

A ce TRAIN là… rétablissons l’octroi !


La CAPV (Communauté d’Agglomération du Pays Voironnais) a donc décidé de rendre payants les parcs de stationnement des gares de Rives et Moirans, en excluant, pour le moment du moins, les autres gares de Voreppe, Tullins et Réaumont mais en lançant la réflexion… !

A ce sujet il est intéressant d’aller lire le compte-rendu du débat qui eut lieu en Conseil Communautaire du 26 janvier dernier (cliquer sur ce lien) où sont développés les arguments pour et contre.

Il y a dans ce dossier plusieurs éléments qui montrent les limites de l’intercommunalité et peuvent en conséquence expliquer le résultat du vote de nos élus, majoritairement pour les parcs payants.

L’éditorial du Président de la CAPV du « MAG Pays Voironnais » est à ce titre éloquent.

Il justifie la fin de la gratuité par « une juste répartition des coûts entre contribuables et usagers »

Mais alors, si l’on suit ce raisonnement, il devrait s’appliquer à tous les services offerts.

A commencer par les transports en commun mis en place par la CAPV et où les contribuables payent largement pour les usagers.

Pour les réalisations de réseaux d’assainissement collectifs où les contribuables qui sont eux en assainissement individuel payent pour les usagers.

Mais aussi pour l’utilisation des équipements publics… etc…

Et comme le Président de la CAPV nous fait remarquer qu’il y aurait 60% des usagers du parking de Rives et 17% à Moirans qui ne seraient pas du Pays Voironnais, pourquoi ne pas différencier les tarifs de ces parcs de stationnement entre usagers habitants du territoire CAPV et les « autres ».

Et puis encore pourquoi ne pas rétablir l’octroi (cliquer sur le lien) aux entrées du Pays Voironnais sur l’usage des services ?

Et puis l’octroi aussi aux limites de chaque commune. Car celles et ceux qui viennent faire leurs courses, vont au cinéma, aux manifestations, aux spectacles etc…, utilisent les infrastructures, les services, payés par les contribuables, que ce soit de la CAPV ou de chacune des communes.

Le Maire de Rives est du reste sur la bonne voie puisqu’il a annoncé lors des vœux à la population qu’il y aura désormais, pour la piscine, un tarif pour les Rivois(es) et un autre différent pour les « non-rivois », bien entendu plus cher.

Ce qui, au passage, nécessitera un contrôle d’identité à l’entrée ! Intéressante perspective…

En fait à chacun son clocher et faisons payer aux « étrangers » leur présence sur « notre » territoire.

Notre société, à l’image des Pays Européens qui rétablissent leurs frontières avec barbelés, se referme de plus en plus sur chaque périmètre administratif existant.

Il en va ainsi de plus en plus de la commune, à la communauté de commune ou d’agglomération, au département et à la région dont les nouveaux noms adoptés laissent rêveur, ou pantois !

En faits, pour en revenir au sujet des parcs de stationnement des gares, comme depuis l’origine de l’intercommunalité celle-ci se résume malheureusement à une politique de « guichet » où chaque commune vient chercher à obtenir quelque chose en surveillant que le voisin n’obtienne pas plus…

Une analyse géographique du réseau ferré concerné peut éclairer la prise de position de certaines communes de la CAPV.

Une majorité de communes du territoire de la CAPV sont très éloignées du réseau ferré et donc des gares. En fait toutes les gares propres au Pays Voironnais sont situées sur les communes en limite sud du territoire.

On peut donc constater que les communes situées au nord du périmètre de la CAPV, sans gare donc, n’ont pas ce problème de parc de stationnement pour les utilisateurs du train puisqu’il n’y en a pas…

Dans la logique définie plus haut il apparaît doncévident qu’elles considèrent normal que, ne bénéficiant pas et ne pouvant bénéficier de ce service celui-ci soit payer par les usagers et non par la collectivité dont elles font partie.

Ces communes rejoignent ainsi les élus « gestionnaires », qui ne sont pas de fervents défenseurs des « services aux publics » et veulent réduire l’intervention publique.

A chacun de payer pour le service utilisé…

Cette position est principalement défendue par les partis politiques qui prônent un libéralisme débridé et veulent limiter, voire supprimer, les services publics collectifs au bénéfice de l’intervention privée.

Les opposants quant à eux apportent deux éléments de réflexion non négligeables.

D’une part le coût pour l’usager qui se déplace régulièrement et qui verra son budget augmenter, de combien ? Là personne ne sait encore…

Car même si le Président de la CAPV parle de 20€ par mois, comment le garantir ?

Prenons l’exemple de Rives en admettant que toutes les places soient sur abonnement : 140 places x 20 € = 2 800 € par mois pour payer et entretenir les équipements de barrière automatique avec borne d’entrée, de sortie et borne de paiement.

Plus le salariat d’un employé au moins présent en permanence sur une amplitude de temps non encore définie mais au minimum de 7h00 à 19h00, soit 12h, donc au moins deux personnes, plus nettoyage, entretien courant par un autre personnel…

N’importe quelle entreprise vous dira que ce n’est pas rentable, malgré des places laissées à l’usage ponctuel et donc d’un coût beaucoup plus élevé…

De plus il faudra, limiter le nombre d’abonnés et leur réserver les places correspondantes. Et peut-être refuser des abonnements ?

Donc créer un système discrétionnaire bafouant le principe d’égalité des citoyens à l’accès aux services publics. Car ces parkings sont et resterons publics avec gestion privée.

Par ailleurs, une autre perspective peut laisser envisager que le système rencontre une résistance de la part des usagers.

De ce fait nombre d’entre eux chercheront à stationner en dehors des parcs, pour réduire le coût. Entrainant des gênes évidentes dans l’environnement des gares.

D’autre part il y a une contradiction, évidente, avec l’incitation à utiliser les transports en commun, dans le cadre de la lutte contre la pollution. Objectif développé par les pouvoirs publics. Et ce juste après la COP21…

La pollution quant à elle ne connait pas de frontière administrative…

Il semble logique d’apporter un troisième élément de réflexion.

Le projet prévoit de fait la concession d’un équipement payé par nos impôts à un exploitant privé, qui ne pourra envisager celle-ci que dans le cadre d’une rentabilité financière.

Rentabilité qui n’est pas une obligation pour la CAPV en tant que collectivité publique. Bien au contraire même puisque sa mission est de satisfaire aux besoins de la population.

Alors oui, cette décision semble avoir au moins un train de retard, sinon plus…

Nos impôts investis doivent servir la population et non enrichir un gestionnaire privé.

Les élus partisans du paiement du stationnement disent que la CAPV ne sait pas gérer ces parcs de stationnement.

Comment pourrait-croire que faire nettoyer et entretenir ces équipements ne pourrait être fait par des personnels de la CAPV, qui le font déjà !

Ne serions-nous pas devant une décision plus idéologique que pratique ?

Dès lors le sujet devient plus inquiétant car il y a un réel risque. Si le raisonnement que l’on nous propose devenait la règle, alors logique fera que tous les services seront confiés au privé et payés par leurs seuls usagers…

Cette question des parcs de stationnement, regardé dans cette perspective, concerne alors tous les habitants, usagers ou non quant à l’avenir des services aux publics.

JPN