Publié le

20/02/14

DEMOCRATIE – VOUS AVEZ DIT DEMOCRATIE… ?


3° Partie – Démocratie représentative et représentation démocratique.

Lors de sa campagne présidentielle de 2007 Ségolène ROYAL proposa dans son programme de mettre en œuvre une « démocratie participative »…

Après avoir conquis la « bravitude » en allant sur la grande muraille de Chine, elle n’était sans doute pas à un pléonasme* ou une tautologie* près !

Car comment pourrait-il exister une démocratie sans participation ? Lorsque le peuple n’est pas amené, par un quelconque moyen, à participer aux choix qui le concernent, cela ne peut plus s’appeler un système politique démocratique. En général, si ce n’est déjà fait, on arrive très vite à la dictature.

Bien entendu on aura compris qu’elle souhaitait proposer d’aller plus loin que le système actuel de démocratie représentative basé uniquement sur le vote, auquel nous sommes régulièrement invités.

Il est très significatif qu’il faille ainsi accoler un autre mot pour définir la démocratie au sens exact du terme,

Serait-ce alors le signe d’une démocratie en mauvais état de fonctionnement ?

Le choix qui a été fait, à l’origine, d’une démocratie « représentative », fonctionnant par l’élection de « représentants » du peuple, permet-il l’expression effective des aspirations du peuple ?

Est-ce que, malgré toute la bonne volonté déployée par une grande majorité des élus, il ne faut pas commencer par s’interroger sur leur pouvoir réel de décision et d’inflexion des situations, comparée à celles des grands groupes industriels, commerciaux ou financiers ?

« Le développement prodigieux de toutes les forces industrielles et économiques entraîna l’affaiblissement constant des facteurs purement politiques, tandis que, simultanément, les forces purement économiques prédominaient de façon toujours croissante dans le jeu international du pouvoir. Le pouvoir devint synonyme de puissance économique devant laquelle les gouvernements devaient s’incliner. Telle était la raison pour laquelle ces gouvernements n’avaient plus qu’un rôle totalement vide, dénué de représentation, et sombraient de plus en plus ouvertement dans le théâtre, voire l’opérette. » Hannah Arendt sur l’évolution politique dans les années 1930

Cette citation montre bien que la question ne date pas d’aujourd’hui.

Par contre cette situation ne doit pas justifier de priver les citoyens de leur légitime droit de participer à la « chose publique » qui est le fondement d’un système républicain.

A ce titre, le référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen est un exemple désastreux. Malgré un NON majoritaire, le traité a été signé par la France après un vote favorable du parlement…

L’expression du peuple, sollicité, n’a pas été acceptée par ses représentants !

Une telle situation serait impossible au sein d’une grande entreprise. Une décision prise par une majorité d’actionnaires, que l’on désigne comme les mandants, ne pourrait en aucun cas être remise en cause par les dirigeants, ou mandataires qui peuvent être révoqués à tout moment…

Or, les citoyens ne sont-ils pas les mandants des élus, qui ne sont alors et seulement que mandataires ?

On parle bien du « mandat municipal » par exemple ou de la durée de la « mandature » pour les parlementaires…

Une fois élus, force est de constater que la « classe politique » se comporte alors comme un groupe à part, une caste régie par ses propres règles et indépendante du peuple qu’elle prétend représenter.

« Le gouvernement représentatif demeure ce qu’il a été depuis sa fondation : un gouvernement d’élites distinctes de la masse de la population par leur statut social, leur mode de vie et leur culture » Bernard Manin (politologue Français déjà cité)

Cette situation n’est pas anecdotique, elle est dangereuse car elle fait le jeu des populistes de l’extrême droite. Celle-ci, par des positions simplistes mais appuyées sur la perception plus ou moins claire d’une situation où les politiques décident sans concertation, développe un discours anti-démocratique masqué par la mise en opposition du peuple face aux partis politiques qui se valent tous !. Le slogan d’opposition à l’UMPS est à ce titre ravageur…

Il ne semble pas que la classe politique mesure pleinement le danger. Pourtant la montée des mouvements d’extrême droite en Europe est bien actuel. On l’oublie un peu vite mais la Hongrie, membre de l’Union Européenne, a déjà un gouvernement populiste que l’on peut qualifier d’inspiration de « droite extrême »…

 

Et à Rives, où en sommes nous ?

Le 21 avril 2002 à Rives, le candidat du parti d’extrême droite arrive en tête au 1° tour de l’élection présidentielle avec 18,12 % des voix, devant les 15 autres candidats.

Le Maire, après l’annonce des résultats déclare « J’ai honte d’être Maire de Rives » !

Comme si la honte, même exprimée en public, pouvait permettre de s’exonérer de toute responsabilité quant au passé et de ne faire aucune proposition pour le futur !

Pour preuve au 2° tour le candidat améliore son score en nombre de voix…

En 2007, au 1° tour des présidentielles, la droite décomplexée pompe allègrement les voix de l’extrême droite.

En 2012, la candidate d’extrême droite améliore de plus de 200 voix le score de son père au 1° tour de 2002…

Nous ne sommes que 6 000 habitants et 3 000 d’entre nous ont alors voté !

Ces chiffres montrent, non pas forcément une adhésion aux thèses de l’extrême droite qu’en fait peu de ses électeurs connaissent, mais l’adhésion au discours sur l’écoute des citoyens que les grands partis comme les élus ne savent plus pratiquer.

On peut toujours dire que ce discours est purement populiste et électoraliste. Que les quelques expériences de gestion de communes par des Maires d’extrême droite ont été des échecs, accompagnés parfois de malversations. Que le fonctionnement de ce parti ne diffère pas des autres et qu’une fois au pouvoir ils feront certainement comme les autres, voire et sans doute pire !

Rien n’y fera si nos élus ne comprennent pas les raisons profondes de cette adhésion et surtout ne trouvent pas les moyens de modifier le fonctionnement du système politique et des pratiques des élus.

Quant la revue municipale de Rives, du mois de décembre 2013, publie un article, non signé donc sous responsabilité du directeur de publication, le Maires, surtitré « Démocratie participative » et intitulé « Une participation citoyenne en devenir » à propos de la participation des citoyens au débat sur les rythmes scolaires, de quoi se plaint le Maire exactement ? du fait que sur 550 questionnaires distribués seuls 206 sont revenus, soit « à peine 37 % de participation globale » peut-on lire.

Pour lui, la « démocratie participative » se résumerait aux Rivois qu’il choisit, les parents en la circonstance, ce qui exclut du débat les autres Rivois.

Remarquons que si la décision sur cette question relève du conseil municipal, nombre d’élus n’ont plus d’enfants scolarisés en maternelle ou en primaire, dont le Maire en premier. Eux ne s’excluent pas de ce débat, bien au contraire puisqu’ils prendront la décision. Donc pourquoi exclure les Rivois sans enfants d’un débat de société qui intéresse tout le monde ? Sans doute parce que il ne s ‘agit que d’une concertation, sans décision collective par consensus par exemple…

Enfin, la question est de savoir qui décide de ce qui peut être débattu par la population et qui et comment prend la décision.

Les Rivois, comme nombre de citoyens, savent bien que ces concertations sont souvent de façade. On leur refuse en fait la décision finale que se réservent les élus. Sans mesurer qu’ils s’éloignent des citoyens dont ils revendiquent d’être les représentants démocratiquement élus, mais qu’ils se refusent à associer à leur décision…

Question : Est-ce que le fait d’être élu confère une compétence d’une part, et dans tous les domaines d’autre part ? Qui peut bien le croire…

On ne peut à la fois tuer la démocratie, telle qu’elle devrait fonctionner en plaçant « le peuple au pouvoir », en se cachant derrière l’exercice du « pouvoir du peuple qui nous a élu » en rajoutant bien sûr « démocratiquement », et se plaindre qu’elle soit moribonde, sinon déjà morte…

FIN

PhK

Pléonasme : Répétition de mots dont le sens est identique

Tautologie : Répétition d’une même idée en termes différents ; redondance.